Up-cycling, production locale, éco-conception, coton bio… beaucoup de concepts circulent lorsque nous parlons de mode éthique et il n’est pas simple de s’y retrouver. D’autant qu’il n’y a aucune solution parfaite, mais plein de solutions très intéressantes présentant leurs avantages et inconvénients. Un petit point sur les différentes facettes de la mode éthique vous aidera à vous faire votre propre avis.

 

Il n’y a pas une seule mode éthique

 

La mode éthique n’a pas de définition unique. Ce serait plutôt un mot valise dans lequel entrent de nombreuses pratiques. D’ailleurs elle ne s’appelle pas toujours mode éthique. Elle peut aussi s’appeler mode durable, mode éco-responsable, slow fashion, conscious fashion…

Pourquoi cela ? Depuis 20/30 ans les processus de conception et fabrication de la mode se sont extrêmement complexifiés. Au point qu’aujourd’hui les grandes (et moins grandes) marques sont incapables de connaître et maîtriser l’ensemble de leur filière de production. La fabrication d’un vêtement est devenue une énorme nébuleuse, un monstre qui survit et grandit grâce à un contexte de responsabilités nucléarisées. Défaire cette incroyable pelote de nœuds est très compliqué. Il y a tellement d’aspects auxquels s’attaquer, tellement de nœuds à dénouer… De l’autre côté, la réalité de notre monde est complexe. L’effet papillon existe totalement dans la mode, une décision prise à un endroit peut avoir des impacts insoupçonnés à l’autre bout de la planète… Rien n’est simple dans la mode, encore moins dans la mode éthique.

Face à une telle complexité, il n’y a pas une solution globale, mais des milliers de solutions locales.

Les acteurs de la mode éthique à travers le monde développent des ressources incroyables d’imagination et d’innovation pour apporter leur solution. Celles-ci sont parfois complémentaires, parfois incompatibles. Mais elles vont toujours dans le même sens : celui d’une mode moins destructrice pour l’homme et l’environnement.

Petit tour d’horizon non exhaustif de ces solutions…

 

Tour des différentes alternatives de la mode éthique

 

La mode éthique et le textile

 

Pas de vêtement sans étoffe. Le tissu est le nerf de la guerre. Les approches sont nombreuses et variées. Elles peuvent se cumuler ou non :

  • Fibres naturelles : les fibres naturelles excluent les fibres synthétiques. Ce sont le lin, le coton, la soie, la laine, le chanvre, le cachemire… Attention si leur origine est naturelle, elles peuvent être produites de manière intensive et avoir un impact important sur l’environnement. Le cas le plus connu est le coton à lui seul consommateur d’1/4 des pesticides de la planète. Néanmoins ces fibres ont le mérite de ne pas utiliser de pétrole pour leur fabrication, d’être meilleures pour notre santé et de ne pas participer à la pollution des océans aux micro-plastiques (déversées par abrasion des fibres synthétiques lors du lavage). Et certaines fibres comme le lin ou le chanvre sont naturellement très peu polluantes car elles nécessitent peu d’eau et d’intrants.

 

  • Fibres bio : ce sont des fibres naturelles cultivées selon les principes de l’agriculture biologiques. Cela concerne particulièrement le coton bio qui, comme expliqué plus haut, est particulièrement polluant s’il est cultivé de manière conventionnelle. Il existe différents labels pour garantir la production bio d’un textile, les plus connus sont GOTS et Oeko Text, mais il en existe d’autres Natur Textil, Demeter… Souvent la production en agriculture biologique implique de meilleures conditions pour les travailleurs, mais ce n’est pas systématique. A l’inverse, le label Max Havelaar qui garantit des conditions de travail équitables aux producteurs de coton est la plupart du temps associé à une production biologique.

 

  • Fibres recyclées : De nombreuses innovations se développent actuellement dans ce secteur qui reste à défricher, tellement il est jeune. L’idée est de récupérer les textiles très usagés, de défaire les fils et fibres pour refaire de nouveaux fils, et de nouveaux tissus. L’objectif est de parvenir à une économie circulaire, ou les matières usagées seraient ressuscitées dans de nouvelles matières, évitant ainsi la production de matière inutile et la gestion de déchets encombrants. Les fibres recyclées se heurtent pourtant à des difficultés techniques comme le fait qu’il ne soit pas possible de produire des fils 100 % recyclés, qu’il faille obligatoirement intégrer des fibres synthétiques neuves pour assurer la durabilité de ces fils recyclés, ou que ce processus puisse être gourmand en eau et énergie.

 

  • Tissus up-cyclés : ce n’est pas la même chose que les fibres recyclées. Les tissus up-cyclés de font pas l’objet d’un travail de décomposition-recomposition de la matière. Ils restent en l’état et retrouvent une deuxième vie à travers une nouvelle utilisation Ce peuvent être des fins de rouleau de l’industrie, ou des produits textiles usagés mais pas trop. L’avantage c’est qu’il n’y a pas de nouvelle matière créée. Les tissus existent déjà, leur cycle de vie est optimisé par une réutilisation en seconde main. Par contre, il sera difficile d’obtenir une traçabilité sur ces tissus qui sont passés par de nombreuses mains avant d’être revendus d’occasion.

 

  • Fibres chimiques : elles sont présentées comme écologiques car fabriquées à partir de matières renouvelables comme le bambou, le bois… Elles se trouvent sous le nom de Viscose, Rayonne, Tencel… Mais attention, leur qualité écologique n’est pas si certaine. En effet, si la culture du bambou demande peu d’intrants, à l’inverse la transformation du bambou en tissu est un traitement qui nécessite l’emploi de nombreux composants chimiques et d’énergie. La qualité écologique de la matière finale dépendra donc de l’usine qui la fabrique. Si celle-ci est responsable et récupère ses eaux usées, recycle ses déchets, ne rejette pas de polluants, utilise des énergies renouvelables ou du moins optimisées, alors le tissu qui en résulte peut être considéré comme vert. Mais malheureusement c’est loin d’être le cas de toutes les usines de fibres chimiques… La traçabilité est donc particulièrement importante pour juger de la qualité de ces matières.

 

  • Tissus vegan : les tissus vegan (et donc la mode vegan) excluent toute matières première animale, c’est-à-dire le cuir et la fourrure, mais aussi la laine, le cachemire, la soie…

 

Coton bio utilisé dans la mode éthique

 

 Confection et mode éthique

 

En termes de confection il existe plusieurs concepts de mode éthique, mais la situation est un peu plus simple que pour les tissus.

  • Confection équitable : l’un des impacts les plus connus et les plus négatifs de la mode c’est le respect des travailleurs. En 2013, le secteur du textile employait plus de 60 millions de personnes dans le monde (source : International Labour Organisation) ce qui en fait un des secteurs les plus pourvoyeurs d’emplois à travers la planète. Mais ce sont souvent des emplois mal-payés, physiquement difficiles, dévalorisés, aux conditions de sécurité déplorables et n’offrant aucune perspective de développement.  La confection équitable répond à cette problématique en s’engageant à respecter des standards de normes de travail. Les normes minimum appliquées sont celles de l’Organisation International du Travail. D’autres organisations ont publié des standards de travail équitable plus ambitieux. Les deux organisations les plus connues dans ce domaine sont WFTO (Wolrd Fair Trade Organisation) et Fairtrade/Max Havelaar. Découvrez les partenaires de Muudana!

 

  • Made In Local : il a le vent en poupe en ce moment ! Le Made In Local est généralement Made In France, mais face aux difficultés à trouver tous les fournisseurs adéquats dans l’hexagone, il se transforme parfois en Made In Europe. Dans ce cas on ne parle de pas de commerce équitable puisque les standards de travail français et européens sont déjà très élevés, et on suppose qu’ils sont respectés. On suppose… car malheureusement ces dernières années quelques scandales ont éclaté en Angleterre ou en Italie d’usines employant des migrants dans des conditions déplorables…. Hormis ces mauvais exemples l’intérêt du Made In Local est de rééquilibrer la balance et relocaliser certaines activités industrielles dans nos pays consommateurs. Cela permet de recréer des emplois locaux et de limiter les émissions polluantes liées au transport (quoique souvent la matière première, le tissu/la fibre, viens tout de même de l’autre bout de la planète).

 

  • Teintures naturelles ou non toxiques : (oui, j’aurais plus placer cette approche dans le premier chapitre consacré aux textiles, mais il était déjà trop rempli !). Autrefois, les teintures de nos vêtements étaient réalisées à partir de plantes. Nous avons acquis à travers la planète un immense savoir en termes de teintures par les plantes. Puis, ce savoir-faire a été remplacé par la chimie. Plus facile, moins chère, des couleurs éclatantes qui tiennent au lavage, il faut dire que la chimie avait des avantages certains… Au point que ses inconvénients ont longtemps été négligés : la pollution de l’environnement et la santé humaine. Les teintures chimiques sont aujourd’hui responsables de nombreux dégâts environnementaux et sociaux, souvent en Asie et Afrique du Nord. Elles peuvent être remplacées par des teintures non toxiques (Le Label Oeko Tex va certifier l’absence de ces polluants) ou mieux des teintures naturelles (mais seuls de petits ateliers et artisans conservent encore ces techniques).

 

Fils teints naturellement utilisés dans la mode éthique et responsable

 

 Approches transversales 

 

  • Eco-conception : selon l’ADEM l’éco-conception est la démarche de recourir aussi peu que possible aux ressources non renouvelables en leur préférant l’utilisation de ressources renouvelables […] associées à une valorisation des déchets qui favorise le réemploi, la réparation et le recyclage. L’éco-conception prend en compte les impacts sociaux-environnementaux tout au long du cycle de vie du produit et essaye de les minimiser. Il s’agit d’optimiser chaque aspect de la conception au recyclage, en passant bien sûr par la fabrication. Les solutions sont diverses et variées, elles dépendent du produit et de sa chaîne de production. Dans le cas du vêtement, on essayera de limiter les déchets de coupe, de les réutiliser, d’utiliser des textiles recyclés, up-cyclés ou bio, de limiter le transport, de réparer, recycler…

 

  • Transparence : nous avons abordé ce point au début de l’article : l’opacité dans la production textile a permis le développement de nombreuses pratiques plus malsaines les unes que les autres. Sous couvert de « ne pas savoir », les grandes marques ont laissé leurs fournisseurs enterrer les standards sociaux et environnementaux. La transparence est donc essentielle pour obliger les fabricants à respecter un minimum de normes, et aussi pour redonner confiance au consommateur.

 

  • Slow-fashion & qualité : prendre le temps de produire un vêtement de qualité, ne pas multiplier les collections et modèles afin de ne pas donner envie de consommer inutilement, ce sont deux démarches de mode éthique. A quoi sert d’acheter un t-shirt en coton bio si vous devez le jeter au bout de 5 lavages ? Travailler sur la qualité d’un vêtement est aussi une manière de limiter son impact environnemental et social. Ne pas renouveler les collections 6 fois par an, accompagner le consommateur dans le choix d’un vêtement qu’il chérira longtemps, ce sont des démarches durables.

 

  • Acheter moins & acheter d’occasion: je garde le meilleur pour la fin. L’énergie la plus propre est celle que nous n’avons pas consommée dit l’association Negawat. Eh bien, le vêtement le plus propre est celui que nous n’avons pas produit ! Cela signifie en premier lieu, acheter moins pour acheter mieux. Ne plus acheter 5 t-shirt à 10 euros, mais un seul t-shirt à 50 euros  qui durera plus longtemps. Et ensuite, pourquoi ne pas acheter d’occasion ? Ce vêtement déjà porté, qui a une histoire riche en aventures, sera ravi de ne pas terminer à la poubelle mais au contraire connaître une deuxième vie en votre compagnie.

 

Eoliennes pour représenter la confection écologique dans la mode éthique

 

Pour clore cet article qui aura tenté d’être le plus exhaustif possible, il est important de préciser que l’impact environnemental de nos vêtements continue après l’achat. Le cycle lavage-séchage-repassage représente près de 40 % de l’impact environnemental d’un t-shirt ! Alors continuez à prendre soin de vos vêtements après achat, lavez-les consciemment, et recyclez-les lorsque vous ne pourrez plus les porter ! 

Voici quelques pistes pour mieux comprendre l’impact de vos vêtements et les solutions apportées par la mode éthique. Oui le sujet est compliqué, je ne dis pas le contraire ! Mais c’est aussi une aventure passionnante d’essayer de rendre, petits pas après petits pas, la mode plus verte et sociale ! En ayant une meilleure compréhension de la complexité des tenants et aboutissants, chacun peut mettre sa pierre à l’édifice en prenant des choix plus conscients.  

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