Depuis pas mal de temps, s’installe un malaise grandissant dans ma relation aux réseaux sociaux. Leur impact environnemental n’est pas anodin et certaines pratiques entrent en conflit avec mon éthique. Je réfléchis à ce manifeste pour une communication responsable depuis plus de 6 mois. D’une idée considérée comme impossible, il est devenu réalité à force de déconstruction de croyances limitantes et d’idées reçues.

Communication responsable ? un vœux pieux?

La communication responsable n’est pas un sujet très abordé, ou alors uniquement sous l’angle du greenwashing. Ce qui revient à se concentrer sur la partie émergée de l’iceberg.

En réalité la communication responsable concerne à la fois la manière dont on communique, le sujet sur lequel on communique, mais aussi l’utilisation des canaux de communication.

Or, en termes d’utilisation de moyens de communication, la tendance est plus vers l’abus que la sobriété.

Dans le monde de la mode et des start-up où le “community management” est considéré comme absolument indispensable, j’ai l’impression de faire avec cet article mon « coming out ».

Et après tout, pourquoi pas ?

Née dans les années 80, je n’ai jamais été une utilisatrice assidue de Facebook ou Instagram. Cependant, j’ai abordé ces réseaux soit disant « incontournables » avec intérêt et application lorsque je me suis lancée dans la création de MUUDANA.

Au départ j’appréciais les bons cotés de cette communication sociale : possibilité de rester en contact avec mes amis et partenaires des 4 coins du monde, ouverture aux autres, source d’inspiration, canal de communication abordable et accessible, agora 2.0 du monde… Les réseaux sociaux me paraissaient pleins de promesses et de possibles.

Puis au fil des heures et des années à scroller images et textes, les effets pervers se sont installés.

Premier effet pervers des réseaux sociaux : la comparaison.

Pourquoi cette marque a-t-elle plus de followers que moi ? Et pourquoi telle influenceuse a choisi de mettre en valeur telle marque plutôt que la mienne ?

Au bout d’un moment, regarder instagram est devenu une véritable torture. Quasiment chaque soir je lachait mon portable déprimée, désespérée, me considérant comme une entrepreneuse ratée. (Mon conjoint et soutien moral indéfectible s’est mis à vraiment détester les réseaux sociaux à cette période.)

J’ai appris à me blinder. J’ai renforcé ma confiance en moi pour ne pas la laisser s’échapper dans le feed des brillantes réussites. Je me suis accrochée aux réseaux sociaux avec la volonté d’en découdre. Mais quelque chose était rompu.

Qu’elle est l’utilité des réseaux sociaux pour mon entreprise si ma motivation générale est affectée?

Deuxième effet pervers des réseaux sociaux : la perte de temps.

Je suis ce style d’entrepreneuse plutôt très organisée. 

Je planifie mes post de la semaine le lundi après midi (le lundi matin je vide ma boite mail et planifie la semaine) pour avoir à m’en occuper un minimum le reste du temps.

Mais dans la réalité, les taches de community management débordent largement sur le reste de la semaine.

Car une demi journée pour planifier son feed quand il faut être sur tout les fronts (story, groupes, vidéos, carrousels…) c’est très court. Car pour se faire bien voir de l’algorithme, il faut se connecter régulièrement pour « animer sa communauté », répondre aux commentaires, commenter les photos des autres, poster des stories soit disant « naturelles »…

Et le nez dans son smartphone, difficile de ne pas se laisser aller à regarder les publications des autres. Une, puis deux, puis 10… Et cet algorithme si malin qu’il parvient à insérer pile poil les vidéos qui vont nous attirer (pour moi des vidéos de bébés alors que je viens d’être maman).

Combien de fois me suis-je retrouvée à perdre totalement le contrôle de mon attention ? Combien d’heures perdues à laisser défiler bêtement les images, avec l’excuse d’animer sa communauté ou de s’inspirer ? Et ce pendant que le petit démon de la comparaison fait tranquillement en arrière plan son travail de sape…

 Il y a 10 mois j’ai re-découvert avec joie Linkedin. J’ai cru au départ en un réseau social ou mon temps perdu deviendrait professionnellement utile. Pour finalement me rendre compte que c’était pire ! Que les publications toutes plus intéressantes que professionnelles, n’en étaient que plus efficaces pour kidnapper mon temps de cerveau disponible. Retour à la case départ.

Même en étant avertie et organisée, il est difficile de ne pas se laisser aspirer par ce monde idéal de texte et d’image. Pourquoi ? Tout simplement par ce que les réseaux sociaux sont faits pour cela ! Pour retenir notre attention un maximum de temps.

Prenons du recul… Quel est réellement l’effet bénéfique de voir notre attention absorbée plus de 2h par jour dans les réseau sociaux ? (Oui 2h20/jour c’est bien la moyenne du temps que nous passons le nez rivé sur des images).

 Nous vivons dans une société ou les burn-out en entreprises se multiplient, l’information nous croule dessus, nous sommes toujours plus débordés, no to dos list sont nos cauchemars… Dans quelle mesure les réseaux sociaux participent-ils à cela ?

Troisième effet pervers des réseaux sociaux : publier pour publier

Tous les experts l’affirment : une des règles de base pour réussir sur instagram, ou n’importe quel autre réseau social, c’est la régularité. Quelque soit la fréquence il faut publier régulièrement. Et bon, de préférence il faut quand même publier fréquemment hein. Pas, juste une fois par mois.

Quelle est la conséquence de tout cela ? On publie pour publier.

Car il faut être régulier. Car il faut respecter le calendrier éditorial. Donc on crée des raisons de parler pour ne rien dire. On invente des polémiques, on multiplie les shootings photos, on recrute des stagiaires graphistes pour venir à bout de cette montagne « créative »…

Et on se retrouve à parler pour ne rien dire. A créer du vent. A étaler ses bons sentiments sur instagram, ou ses idées polémiques sur twitter et linkedin. En courant après le like, le commentaire, le reach…

Certains sont très à l’aise avec ce jeu. Ils considèrent que cette obligation de publication régulière stimule leur créativité. Tant mieux pour eux/elles.

Moi c’est tout l’inverse. Publier par obligation tue ma créativité et assassine mon naturel. Je me retrouve à écrire des banalités gnan-gnan de marque de mode (« Et vous c’est quoi votre programme ce week-end les filles ? ») en me demandant ce que je fais la ?

Et surtout, publier pour publier renforce le plus grave effet pervers. Celui que je présente au point suivant et qui me pousse aujourd’hui à publier cet article.

Cinquième (et plus grave) effet pervers : l’impact environnemental

Toute immatérielle qu’elle soit notre activité numérique a un impact environnemental considérable.

Premièrement, les émissions de Co2 générées par les serveurs qui stockent et envoient nos données.

Ensuite, l’énergie nécessaire à la production, au transport et au chargement de nos chers appareils électroniques.

Enfin, l’extraction minière, extrêmement polluante et humainement incontrôlée, permettant de fabriquer les composants innovants de nos joujous numériques.

Les conséquences:

Quand on s’imagine qu’il est moins polluant d’envoyer un mail que de l’imprimer… on se trompe. Envoyer un mail équivaut à laisser une ampoule allumée pendant 24h.

Quand on croit avoir une activité inoffensive en regardant Netflix dans son canapé… on se trompe. En raison de leur poids, les vidéos son très polluantes. Ainsi l’ensemble du streaming mondial (Netflix, Youtube, Vidéos des réseaux sociaux…) représente 1% des émissions de gaz à effet de serre mondial.

Et si on se penche uniquement sur les réseaux sociaux ?

Selon une étude Greenspector, nous y passons en moyenne 2h20 par jour. Ce qui équivaut  un trajet de 2,5 km par jour en voiture, soit 914 km de route par an ! Et cela juste en prenant en compte les émissions de CO2 liées à la consommation des données, hors chargement et production de nos smartphones.

Connaissant ces chiffres, mon inconfort personnel vis-à-vis des réseaux sociaux est devenu un véritable conflit éthique.

Quelle est ma cohérence en tant que marque de mode responsable de prôner une consommation sobre, tout en laissant libre court à ma pollution numérique ?

Les dictas de l’algorithme ont un impact environnemental énorme ! Avoir une « stratégie instagram » signifie devoir publier minimum 3 fois par semaine + des stories tous les jours + des vidéos… ceci sans compter les « reels » ce nouveau graal vidéo qu’il faudrait multiplier pour voir son nombre de follower augmenter.

Combien de kilos de CO2 pour une telle stratégie ?

A quoi sert-il de revendiquer le « Less is more » si j’enchaine les km au volant d’instagram ?

Est-ce que le développement de mon entreprise doit se faire à ce prix ?

Et si je disais non?

Oui, il est possible de communiquer responsablement

Après 6 mois de réflexion et 2 mois de pause quasi-totale de réseaux sociaux je suis finalement parvenue à déconstruire les croyances limitantes suivantes :

  • Non, instagram n’est pas le seul canal de développement pour une marque de vêtements
  • Non, ma marque ne va pas s’effondrer si je m’arrête de publier
  • Oui, je peux assumer publiquement de ne pas aimer Instagram et Facebook
  • Oui, je peux décider d’utiliser ces réseaux juste de temps en temps, uniquement quand j’ai un vrai message à faire passer
  • Oui, je peux trouver d’autres canaux de développement que les réseaux sociaux. Ceux qui me correspondront à moi, pas ceux que les « experts » recommandent
  • Et un scoop : non tous les consommateurs ne sont pas sur les réseaux sociaux. Il existe même encore des gens qui n’ont pas de smartphone, ou qui font des recherches google, ou qui se déplacent en boutique pour trouver ce qui leur plait. Véridique !

Manifeste pour une communication responsable, en accord avec mes valeurs

Ma décision n’est pas de refuser en totalité les réseaux sociaux. Sur le fonds, je trouve qu’ils offrent un canal de communication intéressant, abordable et « presque » libre.

Par contre, l’utilisation qui en est faite à actuellement me parait être partie totalement à la dérive. Nous sommes loin d’une communication responsable…

Au fonds, c’est un peu comme la mode. En défendant une mode responsable, je ne vous recommande pas de vivre nus ou de ne plus acheter de vêtements. Par contre, je prône une consommation plus raisonnée, en achetant moins de vêtements, et en choisissant des articles de meilleure qualité qui dureront plus longtemps.

C’est le même raisonnement que je vais tenter d’appliquer à la communication de MUUDANA sur les réseaux sociaux en prenant les résolutions suivantes :

  • Ne plus suivre les recommandations de l’algorithme
  • Ne jamais publier pour publier
  • Ne publier que quand j’ai une vraie information utile à partager
  • Approfondir la valeur de mes publications
  • Limiter les vidéos et stories au strict nécessaire
  • Commenter ou liker une publication que si cela provient d’un intérêt sincère pour celle-ci
  • Ne faire des partenariats avec des influenceuses.res s’ils sont sincères réciproquement et apportent une plus-value à la communauté
  • Eviter toute stratégie de rétention de l’attention du lecteur

En fait, des résolutions qui devraient être une évidence… Car à quoi cela sert-il de communiquer si ce n’est pas pour apporter une information utile au récepteur ?

Dit comme cela, ça parait très simple. Mais la course au like est tellement imprégnée dans le quotidien d’une marque que cette idée n’est pas si facile à mettre en pratique…

Et vous ? Comment vivez-vous les réseaux sociaux ? Quelle est votre utilisation personnelle ou professionnelle ? Mettez-vous en place des barrières ?

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