Partie 2 – Avantages et inconvénients du coton bio

branches de coton bio et bobine de fil

Dans la partie 1 de cette enquête, nous avons défini le coton bio et ses avantages. Est-ce que le coton bio a des inconvénients ? En effet, pour ce qui est de la mode et de l’environnement, il n’y a selon moi qu’une seule vérité : rien n’est tout noir ou tout blanc, chaque solution a des avantages et des inconvénients.

 

Rappelons les avantages du coton bio

  • Le coton biologique est cultivé sans engrais ni pesticides alors que le coton conventionnel est responsable à lui seul de 25% de la consommation de ces produits chimiques dans le monde
  • Le coton biologique consomme beaucoup moins d’eau alors que le coton conventionnel en consomme des quantités faramineuses
  • Le coton bio est moins néfaste pour la santé à la fois des producteurs et des consommateurs.

Tout cela est donc génial. Pourquoi y aurait-il des inconvénients au coton bio ?

Les inconvénients du coton bio

Droits de l’homme

Une production de coton bio ne garantit pas nécessairement le respect des droits de l’homme. La majorité des productions de coton bio se situent en Inde et en Chine, des pays peu réputés pour le bien-être des travailleurs. Un coton biologique sera tout de même moins dangereux pour la santé du travailleur car il utilisera moins de produits chimiques. Mais cela ne signifie pas forcément que ses conditions de travail seront améliorées.

Produits chimiques

La problématique de l’utilisation de produits chimiques pour la production de coton ne s’arrête pas à sa culture. En effet, lors de la transformation de la fibre de coton en fil puis en tissu, de nombreuses autres substances nocives peuvent être utilisées. Le coton, qu’il soit conventionnel ou biologique, peut être blanchi au chlore, des teintures contenant des métaux lourds peuvent être utilisées, des apprêts pour modifier sa texture peuvent être appliqués…

La solution des labels

Les labels proposent une solution à ces deux problématiques des droits de l’homme et de la traçabilité. Voici un résumé des principaux labels :

  • Le label Max Havelaar garantit une production équitable (salaire supérieur) et le respect des droits de l’homme et les conditions de travail au moment de la transformation
  • Le label GOTS s’engage à ce qu’aucun produit toxique ne soit utilisé lors de la production mais aussi transformation. Il s’assure que les usines de transformation respectent les normes de l’OIT (Organisation Internationale du Travail)
  • Le label Oeko-Tex s’assure de l’absence de produits chimiques et de matières toxiques dans les tissus.

Ces 3 labels, et il y en a d’autres, sont donc très utiles pour démêler le vrai du faux, et s’assurer que le respect de l’environnement, de la santé et des conditions de travail sont respectées.

Il reste cependant deux inconvénients que ces labels ne résolvent pas.

Consommation d’eau et de ressources naturelles

Même s’il est moins consommateur d’eau que son cousin le coton conventionnel, le coton bio consomme tout de même beaucoup d’eau. Il nécessitera aussi un usage important de terres arables et d’énergie. Bref, ce n’est pas par ce que le coton est bio qu’il n’utilise pas des ressources naturelles. Le coton bio n’a donc pas un impact 0 sur la nature.

Face à ce constat, plusieurs marques préfèrent utiliser des matières recyclées ou up-cyclées qui ne consomment pas ou peu de ressources naturelles. Leur avantage par rapport au coton bio : ne pas créer plus de matière qui en existe déjà mais se fournir dans le vivier monstrueux de tissus et fibres déjà existant.

  • Matière up-cyclée : ce sont des tissus déjà produits à qui on donne une deuxième vie. Fin de rouleau de l’industrie textile, tissus d’ameublement, vieux vêtements… Il n’y a pas de transformation du tissu.
  • Matière recyclée : les tissus déjà utilisés sont réduits à l’état de fibres, puis un nouveau fil est créé. Il y a donc transformation du tissu initial pour en recréer un neuf.

Ces deux solutions (up-cycling et fibres recyclées) ont aussi leurs inconvénients (qui ne sont pas le sujet de cet article).  Néanmoins nous pouvons considérer qu’elles sont une alternative au coton bio sur cette problématique : la forte consommation en ressources naturelles.

Transport et transformation

Avoir un coton cultivé selon des méthodes biologiques ne garantit pas pour autant qu’il n’ait pas fait le tour de la planète avant d’arriver dans votre armoire ! Le monde du textile marche souvent sur la tête et en particulier pour ce qui est du transport. Ainsi des milliers de kilomètres sont généralement parcourus entre la production d’une fibre et le consommateur. En effet, les étapes de transformation sont rarement, voir jamais, situées dans le même pays. Le coton peut avoir poussé en Inde, puis il partira en Indonésie pour être filé, et sera ensuite envoyé en Chine pour être tissé. Et pourquoi pas l’expédier ensuite en Ethiopie pour être cousu ? Sans compter que toutes ces étapes sont réalisées dans de grandes usines ultra-mécanisées ou la consommation d’énergie (non renouvelable) est très importante… Pour en savoir plus sur ce sujet vous pouvez lire mon article sur la fabrication d’un t-shirt en coton.

A ma connaissance, les labels cités ci-dessus n’opèrent aucun contrôle de l’optimisation du transport. Ainsi lorsque vous achetez un t-shirt en coton certifié bio vous êtes certain qu’il n’y a pas eu de produits chimiques utilisés pour sa production et transformation. Mais vous n’avez aucune traçabilité sur les km parcourus par ce t-shirt !

Heureusement, de nombreuses marques s’engagent pour optimiser la filière de production et réduire les trajets. Des marques comme 1083, réalisent toutes les étapes de filature, tissage et couture en France. Il est donc possible d’optimiser les trajets entre production de la fibre et livraison du vêtement afin d’offrir le meilleur du coton bio. Mais cela est difficile, le coût du tissu en est encore augmenté et seules quelques marques très engagées se lancent dans ce combat.

Le danger est que d’autres marques moins engagées, notamment des marques de fast-fashion, ne font pas cet effort d’optimisation de la chaine de transport. Elles apposent simplement le logo coton bio, dans une démarche plus ou moins proche du green-washing. Le consommateur qui ne sait pas qu’il y a coton bio et coton bio, n’y verra que du feu. Il trouvera sur le marché des t-shirt en coton bio à 15 euros et d’autres à 50 euros, les deux comportant le même label… Il y a donc un vrai risque de dévalorisation de la démarche éthique, que certaines marques n’hésitent pas à prendre pour pouvoir surfer sur un segment de consommation en pleine croissance….

Conclusion :

L’objectif de cet article n’était pas du tout de vous déstabiliser cher lecteur ! Le fond de mon message est le suivant : dans la mode il n’y a pas de solution parfaite. Que ce soit le coton bio, le made in France, l’up-cycling, etc., chaque solution a ses avantages et ses inconvénients.

Comment faire face à cette complexité de solutions ?

  • Consommer moins mais mieux. Oui on vous rabâche ce mantra, c’est par ce qu’il reste la meilleure des options
  • S’informer, se renseigner afin de pouvoir décrypter les discours et vous faire votre propre opinion. Car il n’y a pas UNE solution mais DES solutions. Charge à vous de choisir celle qui correspond à vos valeurs, ou d’opter pour un panaché de ces solutions !
  • Faire confiance aux petites marques engagées qui sont transparentes, qui vous expliquent leur démarche, leurs limites et vont plus loin que le simple label

Envie d’en savoir plus sur la mode éthiques ? Voici quelques pistes:

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